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Dystopie, amour & tragédie. À découvrir au format numérique et papier

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À L'INTERIEUR DU N°01 —
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The HELP. Magazine


De l'or en soi
Kintsugi— L'art de se réparer sans se cacher
Toutes nous avons dans notre cuisine, au fond d'un tiroir, une tasse ébréchée. On sait qu'elle est là. On ne la jette pas, par peur de l’oublier. On ne la regarde pas non plus par peur qu’elle casse entre nos doigts. On la laisse juste là, au fond, sous les autres. Cette tasse représente exactement ce que nous faisons avec nos blessures.
Lorsqu'un événement marquant nous traverse, une violence, un abandon, un manque qui dure, quelque chose se brise à l'intérieur de soi. Au début, on ne le nomme pas. On dit juste que c'est un peu compliqué, que c'était difficile, et plus tard que c'est de l'histoire ancienne. Tu vois à quel point il nous est facile de minimiser la blessure, la coupure, le manque ? Alors on range. On continue. On essaie d'être fonctionnelle. Mais soyons claires sur une chose : fonctionnelle n’a jamais signifié être pleinement vivante (ce terme sonnerait certainement mieux en anglais, mais faute de mieux voici la version en français, j’espère qu’elle est suffisamment compréhensible).
En réalité, tout cela a à voir avec ce que l’on appelle en psychologie le faux-self. Une image fausse de soi et de cette tasse qui en réalité est ébréchée. Mais, par peur, nous faisons comme si elle était encore entière. Le problème, c'est que les tasses ébréchées finissent toutes par couper.
L'art de ne pas détourner le regard
Connais-tu le Kintsugi ? Cet art ancestral du soin nous vient tout droit du Japon, et je dois dire que je le trouve magnifique. Imagine : si un objet se brisait. Et qu’au lieu de le jeter ou de tenter de masquer ses fissures, on prenait le temps de les souligner à l'or une à une. Si nous rendions la cassure visible, précieuse, et non plus tranchante, honteuse. Voilà l’art du Kintsugi : réparer, à petits pas, ce qui fut. Bien sûr l'objet ne retrouve pas son état d'avant, mais il devient par ce biais quelque chose de nouveau, de plus riche et de plus complexe que ce qu'il était. Ce que cet art dit de nous est vertigineux. Parce que ce qu'on fait


De Bowlby à Porges
Pourquoi ton corps ne veut pas te laisser vivre ?
Mesdames, nous sommes en guerre.
Non, je ne vais pas vous parler de réarmement démographique. Mais toutes, à un moment donné, nous avons déclaré la guerre à notre propre corps. Ce corps que l'on critique, que l'on épluche, que l'on scrute dans le miroir. Ce corps qui nous fait défaut, qui nous lâche, dont les émotions débordent et qu'on n'arrive pas à contrôler. Comme si quelque chose en nous résistait, sabotait, ou refusait de coopérer.
Comme si nous étions notre propre ennemi. Mais posons-nous un instant.
Et si ce n'était pas vraiment une guerre ? Et si tout cela n’était en réalité qu’une tentative de protection ? Peut-être est-il temps de changer notre regard sur celui qui nous accompagne jour après jour. Et sur ce qui se passe vraiment en nous.
Au commencement était le lien
Avant les mots, avant la conscience, avant même les souvenirs, tout part de là. John Bowlby, psychiatre et psychanalyste britannique, a consacré sa vie à comprendre ce qui se passe lorsqu'un enfant est relié, ou non, à sa figure d'attachement primaire. Sa conclusion ? Simple, radicale, et sans équivoque :
Le besoin de lien n'est pas un luxe émotionnel. C'est un besoin physiologique, biologique, aussi fondamental que manger ou dormir. Ce qui signifie qu’un enfant qui n’est pas suffisamment relié à une figure maternelle stable, disponible, prévisible ne développe pas seulement une blessure psychologique. Il développe, en lieu et place, une stratégie de survie. Et cette stratégie reste longtemps après que l'enfant est devenu adulte.
Lorsque ce lien est insuffisant, parce que la mère était absente, débordée, immature, toxique, ou simplement incapable d'aimer autrement qu'elle ne l’avait été, quelque chose se met en place dans le corps et dans la psyché.
Une tension. Une vigilance. Une manière d'être au monde qui dit en permanence :
“ Reste sur tes gardes, tu ne peux pas
te permettre de te détendre.”
Ce que le corps garde
Bessel van der Kolk l'a formulé avant nous tous : the body keeps the score. Le corps garde les traces. Ce qui signifie que ce que l’on n’a pas pu exprimer, ce que l’on n’a pas pu traverser, ce que l’on n’a pas eu le droit de ressentir, notre corps l’a emmagasiné. Pas par malice, mais par intelligence. Mais cette intelligence a une limite. C'est là qu’entrent en scène Stephen Porges et sa théorie polyvagale. Ce que Porges a démontré, c'est que notre système nerveux autonome (SNA), celui qui régule notre rythme cardiaque, notre respiration, notre capacité à entrer en relation, fonctionne comme un radar permanent.


Maman au quotidien...
Ton enfant n'est pas toi
À quel moment décide-t-on qu’une activité sera faite pour notre enfant ? Plus encore, à quel moment la frontière entre ce que l’on a vécu et ce que vit l’enfant devient-elle si ténue qu’on se met à faire des choses non plus vraiment pour lui, mais un peu pour soi ?
C’est la question que je me suis posée récemment lors d’une rencontre parents-enfants. Tu sais, ces rencontres où l’on apporte le goûter pendant que les enfants jouent à remonter le toboggan à l’envers, alors que nous, pauvres diables de parents, attendons sagement assis sur un banc que nos chérubins terminent leurs entraînements dignes des Jeux olympiques. Ceci dit, tu te demandes peut-être quelle est la raison de ce questionnement ? En vérité, elle s’explique en quelques mots : une maman prenant la parole au sein de notre groupe. Convaincue, elle nous explique à quel point il est important que son enfant pratique une activité. Pour son développement. Pour son épanouissement. Et après tout, pourquoi pas, c’est même très conseillé. En vérité, je n’aurais pas eu grand-chose à redire,si cette même maman n’avait pas enchaîné, sans s’en rendre compte, avec ceci :
"Et puis moi, j'aurais tellement aimé que ma mère me pousse à faire ça."
Bien sûr, ni une ni deux, tu penses bien qu’il n’en fallait pas plus pour que mon cerveau se mette à carburer à cent à l’heure ! Parce que mine de rien, cette phrase en dit beaucoup plus qu’il n’y paraît. Elle affirme quelque chose de vrai, de profond et de très courageux.
Vouloir être poussée ou vouloir être vue ?
Tout d’abord, reprenons cette phrase : elle aurait voulu que sa mère la pousse. Mais qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Là, a priori, c’est le moment où je me transforme en Miss Marple. Car tout, de la voix aux gestes non verbaux, peut me donner des indices sur ce que cette maman a voulu dire. Je précise encore une fois que c’est cette phrase qui m’a fait partir, et qu’à une autre occasion, crois bien que j’aurais volontiers préféré prendre une part du gâteau au chocolat fondant qui me faisait de l’œil, plutôt que d’activer mes méninges de “multipotentruc”. Mais l’énigme était trop tentante !
IL N'EXISTAIT PAS. ALORS JE L'AI FAIT.
Pour toutes les
amaternelles.
Ce magazine n'existait pas à mon époque, ni même il y a quelque mois. Je suis devenue maman en cherchant, en tâtonnant, en observant. En accompagnant toutes ces femmes qui avaient malheureusement ce point commun avec moi.
Exit donc les magazines de parentalité qui oublient la blessure d'abandon. Exit celui aussi de développement personnel qui survole ce que tu portes vraiment. Non. Ce dont tu as besoin, là maintenant, c'est d'un magazine qui te voit, toi — ton histoire, ta vie, ton manque et ta force.
Je suis Lucile Jourdain-Cuzenard. Anthropo-clinicienne, musicothérapeute, experte en psychotraumatologie, périnatalité et soin relationnel. Amaternelle moi-même — et maman de quatre enfants. En dix ans de pratique, j'ai reçu près d'une centaine de femmes, de mères et de petites filles en séances qui portaient ce manque. Des femmes qui comme moi voyaient bien que le trauma avait cette façon très ironique de repointer le bout de son nez dans les moments les plus importants de notre vie : études, soins médicaux, accouchement, mariage...Il revient toujours. Et c'est pourquoi, il mérite un espace particulier — pas dramatique ; parce qu'être amaternelle ne veut pas dire que l'on pleure chaque jour sur notre sort, mais que parfois on cherche des astuces, des moyens de transcender et de créer malgré cette réalité.
Ce magazine est un magazine de résilience active : pas un outil thérapeutique au sens banal. Mais un bel objet, esthétique, culturel, mais aussi lifestyle, que tu pourras emporter avec toi où tu le souhaites. Beau. Clinique. Utile. Pour être ton espace de soin au quotidien.
Parce que tu as le droit au beau même si tu as vécu de la merde. Parce que tu as le droit à l'élégance même si ta blessure est immense. Et surtout parce que tu as le droit de comprendre et d’avoir un magazine qui parle de toi.
Enfin.
DEFINITION
Amaternelle (nc. néo)
Femme ayant grandi sans maman ou devenue maman sans avoir eu de mère au sens plein du terme : décès, absence, abandon, immaturité, toxicité, incapacité à aimer autrement qu'elle ne l'avait été. Un mot inventé pour nommer ce que le monde, sans s'en rendre compte, tait, mais que beaucoup portent en elles comme un fardeau.
À partir de 7€ · Sans engagement
Anciens numéros —
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THE HELP. · N°01
Sortir du mode survie

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